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Comprendre et accompagner les jeunes dans la diversité de genre.​​​​​​​

 

Résumé du lunch santé du 23 septembre 2025 animé par Charlotte Pellaton, psychologue FSP, et Hermance Chanel, psychologue en formation, de la Fondation Agnodice​
Concepts de base et transidentité​

 

Pour bien comprendre la transidentité, il convient de revenir sur trois concepts de base : le sexe, le genre et l’orientation sexuelle et/ou affective.

  • Le sexe : Le sexe d’une personne est défini par ses caractéristiques biologiques et physiologiques, par exemple les chromosomes, les gonades, le développement hormonal ainsi que les organes génitaux internes et externes. On distingue le sexe biologique du sexe juridique. Le sexe biologique est un continuum et non un concept strictement binaire, puisqu’il peut exister des variations du développement sexuel ou intersexuations (1,7 à 3,8 % de la population). Le sexe juridique correspond au sexe assigné par les médecins au bébé à la naissance, en fonction de ses caractéristiques physiques, en général ses organes génitaux externes. En Suisse, les catégories sont « homme » ou « femme », et l’information est inscrite sur la carte d’identité.

  • Le genre : L’identité de genre est le ressenti intime et personnel de chaque personne de se sentir homme ou femme (genres binaires), les deux, entre les deux ou aucun des deux (genres non binaires). L’expression de genre correspond à la manière dont une personne exprime ou communique son identité de genre, par exemple à travers le prénom, le pronom, les vêtements, etc. Ce qui est perçu comme masculin ou féminin relève des normes et stéréotypes propres à chaque époque, à chaque lieu et à chaque contexte et ces représentations sont en constante évolution. Lorsque l’identité de genre d’une personne et le sexe assigné à la naissance sont identiques, on parle de personne cisgenre. Lorsque l’identité de genre et le sexe assigné ne correspondent pas, on parle de personne transgenre (1,2 à 2,7 %des jeunes).

  • L’orientation : L’orientation désigne l’attirance affective et/ou sexuelle d’une personne envers d’autres personnes, ou encore l’absence d’attirance.

 

On parle de transidentité lorsque l’identité de genre d’une personne ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

Le questionnement et la transition de genre

Se questionner sur son genre, c’est explorer et interroger son identité. C’est un processus normal, personnel, valide, et qui ne doit pas forcément amener une conclusion fixe et définitive.

Pour affirmer son identité de genre et se sentir en adéquation avec ce qui est ressenti, une personne peut entreprendre un parcours de transition. Il est important de préciser que le parcours de transition est propre à chacun·x·e, et qu’il n’existe pas de parcours type ou d’étapes obligatoires. Ainsi, il existe différentes transitions avec des changements propres à celles-ci :  

  • La transition sociale : c’est la façon dont la personne choisit d’exprimer son identité au quotidien. Comme par exemple, le coming out (acte volontaire de partager son orientation sexuelle ou son identité de genre à son entourage), le changement de prénom ou de pronom dans un ou plusieurs contextes sociaux, le style vestimentaire, etc.

  • La transition juridique, qui concerne les aspects légaux tels que le changement de marqueur de genre sur la carte d’identité ou le changement de prénom sur les documents officiels. 

  • La transition médicale, c’est-à-dire la modification du corps pour qu’il soit en accord avec l’identité de genre. Cette transition peut comprendre les bloqueurs de puberté, l’hormonothérapie et/ou les chirurgies. 

 

Quand on se pose des questions sur son identité de genre, il est surtout important de pouvoir les partager avec des personnes de confiance. Cela peut être dans son entourage personnel (ami·x·es, famille), avec des professionnel·x·les (psychologue, médiateur·x·trice, médecin, infirmier·x·ère scolaire, etc.) ou dans des associations ou fondations spécialisées dans les thématiques LGBTIQ+ (acronyme pour : lesbienne, gay, bisexuel·x·le, transgenre, intersexe, queer et autres diversités de genre/orientation sexuelle).

 

En Suisse, il existe différentes structures selon les cantons. Il y a également des structures romandes, comme la Fondation Agnodice pour les personnes mineures et le Pôle Trans du Checkpoint Vaud de la Fondation Profa pour les personnes majeures. Pour plus d’informations par canton, la Fondation Agnodice fournit une liste des différentes associations sur son site internet : https://agnodice.ch/ressources/reseau-associatif/

Enjeux psychologiques et sociaux 

Les personnes en transition ou en questionnement de genre sont plus vulnérables face aux problèmes de santé. Cette vulnérabilité s’explique notamment par le stress minoritaire, un concept désignant le stress chronique vécu par les membres de groupes sociaux stigmatisés en raison des préjugés, discriminations, stigmatisations et interactions sociales hostiles auxquels ils et elles sont exposé·x·es.

Le harcèlement est également beaucoup plus fréquent chez ces personnes : les jeunes personnes non-hétérosexuelles sont, par exemple, deux fois plus souvent victimes de harcèlement que leurs pair·x·es hétérosexuel·x·les. 

Ce stress peut avoir des conséquences négatives importantes, tant sur la santé mentale (anxiété, dépression, idées suicidaires) que sur la santé physique (troubles du sommeil, fatigue chronique, somatisations, etc.). Il est d’autant plus important lorsque l’entourage ne soutient pas la personne dans son questionnement et son identité. À l’inverse, un environnement bienveillant et informé constitue un facteur de protection majeur. 

La santé de ces personnes est aussi fragilisée par de nombreuses barrières d’accès aux soins. Ils et elles peuvent subir des refus de soins médicaux de base, des mauvais traitements, ou être contraint·x·es d’éduquer les professionnel·x·les de santé sur leurs besoins spécifiques. La crainte d’être discriminé·x·e ou maltraité·x·e conduit parfois à éviter les soins, ce qui aggrave encore les risques pour leur santé.

Néanmoins, la transition de genre peut également être vécue de manière très positive. Se sentir en adéquation avec son identité et ses ressentis peut amener de l’harmonie et un épanouissement personnel. Les difficultés viennent en fait le plus souvent du regard des autres : rejet social, manque de compréhension, ou encore transphobie intériorisée – c’est-à-dire le fait d’avoir intégré malgré soi des idées négatives de la société sur les personnes trans, par exemple en ressentant de la honte ou du rejet envers sa propre identité. L’essentiel est de pouvoir s’appuyer sur des ressources adaptées : des lieux avec des professionnel·x·les formé·x·es, capables d’accompagner au mieux les besoins et les questions qui peuvent se présenter au fil du temps.

En pratique

Comment les professionnel·x·les peuvent soutenir les jeunes en questionnement de genre ? 

Il est essentiel de créer un environnement bienveillant et sécurisant, dans lequel chaque jeune se sent accueilli·x·e et respecté·x·e. Cela passe par une attitude ouverte, bienveillante et sécurisante, reconnaissant la diversité des identités de genre et des orientations sexuelles comme une richesse et une réalité légitime, et en garantissant la confidentialité.

Concrètement, plusieurs actions peuvent être mises en place : 

  • Rendre la diversité visible : afficher des flyers, posters ou symboles inclusifs (drapeaux, autocollants, ressources) pour signifier que l’établissement est un espace sûr et accueillant. 

  • Utiliser un langage inclusif, à l’oral comme à l’écrit, afin de refléter toutes les identités et d’éviter les formulations excluantes. 

  • Respecter le prénom et les pronoms choisis par la personne. Il est tout à fait approprié de demander avec bienveillance : « Quels pronoms souhaites-tu que j’utilise ? » 

  • Faire preuve d’écoute active et d’intérêt sincère : demander à la personne comment vous pouvez l’aider au mieux, sans présumer ses besoins ou son vécu.

  • Se former et s’informer sur les questions liées à la transidentité et aux diversités de genre (formations et supervisions de la Fondation Agnodice, standards de soins de la WPATH – World Professional Association for Transgender Health, par exemple).

  • Ne pas hésiter à s’entourer de professionnel·x·les formé·x·es.

  • Et surtout, ne pas oublier de demander l’avis de la jeune personne concernée et de l’impliquer dans les décisions qui la concernent.

En adoptant ces pratiques, les professionnel·x·les de l’éducation contribuent à réduire le stress minoritaire et à favoriser le bien-être et la réussite scolaire de tous·x·tes les jeunes, quelle que soit leur identité de genre.

Il est également important d’accompagner les jeunes dans les différentes sphères de leur vie. Premièrement, la famille et l’entourage proche restent les personnes les plus importantes : leur soutien peut faire une grande différence dans le vécu du/de la jeune. Les parents doivent également être informé·x·es des démarches entreprises dans les établissements scolaires (pour les mineur·x·es), dans le respect de la temporalité du/de la jeune. Ceci est à discuter avec la personne concernée afin de le faire de la meilleure manière pour elle. Un réseau médico-psycho-social est important à mettre en place afin d’offrir des espaces d’exploration identitaire, de prise en charge globale, et aussi d’accompagnement sur les autres thématiques rencontrées par les jeunes. Enfin, les fondations et associations LGBTQI+ peuvent être investies pour rencontrer d’autres personnes ayant des vécus semblables et être orienté·x·es vers les professionnel·x·les adapté·x·es.

Et en tant que parents ?

Le rôle des parents et des proches est essentiel. Le soutien et l’écoute de l’entourage peuvent faire une grande différence dans le bien-être des personnes concernées.

Voici quelques pistes d’accompagnement :

  • Écouter et accueillir sans jugement lorsque son enfant fait part de son vécu identitaire. Le simple fait d’en parler est déjà une grande marque de confiance.

  • S’écouter soi-même, prendre le temps d’observer ses émotions, croyances et pensées, et demander du soutien au besoin : les parents et les proches peuvent aussi avoir besoin d’un espace pour poser leurs questions, exprimer leurs doutes ou leurs émotions. Des associations et des professionnel·x·les peuvent les accompagner dans cette démarche, notamment au travers de groupe de parole.

  • Utiliser le prénom et les pronoms souhaités, dans une temporalité discutée ouvertement. C’est une manière essentielle de reconnaître et respecter l’identité de la personne. Se tromper ou avoir besoin de temps pour s’habituer est normal : l’important est de montrer sa bonne volonté, et de communiquer là-dessus. Changer de prénom peut être une étape importante dans l’exploration de son genre : cela ne signifie pas que tout est figé, mais ce geste peut profondément aider la personne à se sentir reconnue et respectée, et l’aider à continuer son exploration identitaire. 

  • Se renseigner sur la thématique : ne pas hésiter à contacter des professionnel·x·les ou des associations pour obtenir des ressources fiables.

L’essentiel est de rester présent·x·e, bienveillant·x·e et ouvert·x·e, afin que le·la jeune puisse se sentir entendu·x·e et respecté·x·e dans son parcours. Il est aussi important de se sentir soutenu·x·e en tant que parent et de ne pas hésiter à demander de l’aide pour soi-même.

 

La Fondation Agnodice

La Fondation Agnodice a comme mission de promouvoir en Suisse une société considérant la pluralité des genres et de leurs expressions comme une richesse relevant de la diversité humaine. Elle accompagne les jeunes mineur·x·es trans, non binaires ou en questionnement ainsi que leur famille en répondant à leurs interrogations, en proposant des entretiens psycho-sociaux gratuits ou encore en intervenant dans les lieux de formation ou dans les milieux professionnels, pour accompagner une transition par exemple. La Fondation Agnodice oriente les jeunes dans les domaines médicaux, psychologiques, scolaires, sociaux et juridiques.  

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