Soutenir la santé psychique des 16-25 ans. Accompagner les transitions de vie et de formation.
Résumé du lunch santé du 26 novembre 2025 animé par Gilberte Voide Crettenand, responsable de formation Santépsy.ch et autrice de trois cahiers de référence sur la promotion de la santé psychique des enfants, adolescent·es et jeunes adultes

Santé psychique, de quoi parle-t-on ?
La santé mentale est une composante essentielle de la santé globale. Elle nous permet d’affronter les sources de stress du quotidien, de réaliser notre potentiel, d’apprendre et de travailler efficacement, ainsi que de contribuer à la vie collective. Elle concerne chacun·e d’entre nous. En tant que professionnel·les, nous pouvons soutenir le bien-être social, relationnel et psychique de notre entourage.
"Le continuum de la santé mentale", outil conçu à partir du modèle de Keyes, évalue l’état de santé psychique selon deux axes : le niveau de bien-être et la présence éventuelle de troubles. On peut ainsi présenter des troubles psychiques tout en conservant un bon niveau de bien-être, et inversement.
La santé mentale n’est donc pas uniquement liée à la maladie psychique. Comme la santé physique, elle est influencée par des facteurs individuels, sociaux, économiques et sociétaux. Si nous ne pouvons pas agir sur certains déterminants biologiques, nous pouvons en revanche accompagner les jeunes dans le développement de leurs compétences psychosociales (CPS), renforcer leur environnement social et améliorer les conditions structurelles favorables à la santé.
Source : https://www.minds-ge.ch/ressources/les-determinants-de-la-sante-mentale
Que sait-on de la santé mentale des jeunes ?
Les connaissances restent partielles, mais plusieurs constats récents émergent. La détresse psychologique augmente depuis 2018. Elle se définit comme une réaction intense qui empêche de faire face normalement aux difficultés quotidiennes. Les 15-24 ans sont les plus touchés, comme en témoigne l’augmentation des consultations ambulatoires pour des motifs psychosociaux (dépression, fatigue, anxiété généralisée, troubles de l’humeur ou du comportement). En 2022, les troubles psychiques deviennent pour la première fois la première cause d’hospitalisation des 10-24 ans, devant les blessures.[1] Un autre constat a été fait : ce sont surtout les filles qui consultent. Cela peut notamment être expliqué par l’éducation genrée, et le fait que les filles ont davantage appris à se concentrer sur leur intériorité, à être en lien avec leurs émotions et à aller chercher de l’aide en cas de besoin.
Les enquêtes montrent également qu’il y a chez les jeunes 4 grands facteurs d’influence : le vécu de violence, d’exclusion ou de discrimination ; l’effet délétère du stress, notamment de performance ; l’influence des modèles binaires et des modèles idéalisés sur l’image et l’estime de soi ; l’incertitude et le sentiment d’insécurité.
On estime que 18 % de la population adulte souffre de troubles psychiques et que 80 % d’entre eux apparaissent avant 18 ans. D’où l’importance d’agir tôt et de s’entourer rapidement de professionnel·les compétent·es.
Des défis conséquents, sources de stress
Les 16-25 ans sont sujets à de nombreux défis psychosociaux. Ils évoluent dans un contexte de changements rapides, nécessitant une forte capacité d’adaptation à des environnements souvent peu pensés pour eux.
Trois sphères principales concentrent ces défis :
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Sphère de l’amour et des relations : où l’on apprend à s’aimer soi-même, aimer et être aimé·e, on découvre la sexualité, on comprend ses attirances et on affirme son identité de genre.
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Sphère de la formation et du travail : en découle le stress de performance, il s’agit de définir des choix professionnels, qui sont ressentis comme étant définitif, comme si l’on jouait sa vie. On est confronté pour la première fois au monde des adultes.
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Sphère de la vision du monde : on explore les différentes sphères de la vie, on développe nos valeurs, nos idéaux ; notre réflexion sur le monde et notre place dans celui-ci se renforce. Notre autonomie se développe, de nouvelles responsabilités nous incombent.
Ces « premières fois » sont déterminantes pour le développement du sentiment d’auto-efficacité – le sentiment de disposer ou non des ressources et compétences nécessaires pour faire face aux situations rencontrées – va se développer. Ce sentiment est une composante essentielle des compétences psychosociales et donc de la santé mentale.
Comment accompagner les jeunes dans ces périodes de transition ?
Il est important de rappeler que le passage à l’âge adulte est fait de nombreuses transitions : on passe de l’école obligatoire au monde de la formation supérieure ou professionnelle, de la dépendance au parent à l’autonomie psychologique et à l’indépendance financière et matérielle, de relations de groupes à des relations personnelles et intimes, etc.
Pour accompagner les jeunes dans ces moments de vulnérabilité, il est utile de :
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considérer chaque transition comme une étape à accompagner ;
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offrir du temps et des ressources pour les vivre ;
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aider à donner du sens à ce qu’ils traversent ;
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valoriser les petites avancées.
Les jeunes ne perçoivent pas toujours leurs compétences et se sentent souvent peu capables. Il est donc essentiel de renforcer leur sentiment d’auto-efficacité, tant dans les domaines professionnels que relationnels : communication, prise de décision, gestion des choix.
Ces périodes sont aussi des moments d’essais, d’expérimentations, mais également de confusion. Offrir des espaces d’expression, poser des questions simples (« Qu’est-ce que tu vis ? De quoi as-tu besoin ? »), et permettre l’expérimentation sécurisée contribue à renforcer leurs CPS.
Nous avons la possibilité d’être un appui, un cadre soutenant. Il est important de se rappeler que les jeunes se sentent souvent seul·es. Leur fournir un espace pour déposer leurs préoccupations, être entendu·es, suffit bien souvent. Nous devons sortir de ce rôle de sauveur qu’on souhaite mettre en place.
Il ne faut pas oublier que les 16-25 ans sont un public volatile : il faut saisir leur présence ou aller vers eux dans leurs lieux et modes de vie. Un simple numéro sur un flyer ne suffit pas ; il faut réfléchir à ce qui fait sens pour eux.
Pour les accompagner au mieux dans cette période, il est important de :
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reconnaître les transitions et penser les « entre-deux » ;
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soutenir le bien-être dans toutes ses dimensions ;
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répondre aux besoins fondamentaux : sécurité, cohérence, autonomie, lien social ;
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équilibrer ressources internes/externes et contraintes ;
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développer les compétences de vie ;
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proposer des environnements sûrs, inclusifs, égalitaires et participatifs.
Comment peut-on créer ce lien de confiance avec le ou la jeune ?
Nous ne sommes pas des adultes parfaits. Les jeunes ont besoin de sentir notre authenticité, nos limites, ce qui crée du lien et réduit leur stress. Une posture cohérente, juste et humaine leur donne envie de devenir adultes à leur tour.
L’égalité relationnelle est essentielle : nous avons une autorité de fonction, mais leurs émotions et leurs vécus ont autant de valeur que nos compétences.
Un cadre sûr — non-jugement, écoute, bienveillance — doit être visible et explicite. Le sentiment de cohérence repose sur trois éléments :
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savoir ce qu’on attend de soi ;
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connaître ses marges de manœuvre ;
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comprendre le sens de ce qu’on fait.
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Renforcer les compétences psychosociales par l’expérimentation sécurisée permet aux jeunes de prendre des décisions éclairées et de s’engager.
Accompagner les transitions, c’est accompagner les choix et les potentiels, pas seulement intervenir sur les difficultés.


